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Un véritable éditeur à compte d'éditeur pratique-t-il le préfinancement ?

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Flo
il y a 50 minutes
18 min de lecture

Spoiler : NON !


Pour mieux vous expliquer, je vais prendre l'exemple qui circule le plus sur les réseaux, à savoir celui des éditions Maïa, qui pratiquent les préventes. Ce billet s’appuie sur les documents publics de la maison et sur des témoignages publiés par ses auteurs.

Éditions Maïa : votre roman payé par vos proches

Pourquoi le modèle des Éditions Maïa NE CORRESPOND-IL PAS à du compte d'éditeur ?


Quand un éditeur ne prend aucun risque, il pratique les préventes.

Ce que dit la loi :

La loi est claire. Dans un contrat d’édition (art. L.132-1 du Code de la propriété intellectuelle), c’est l’éditeur qui fabrique le livre et en assure « la publication et la diffusion ». Si l’auteur paie, ce n’est plus un contrat d’édition, mais un contrat « à compte d’auteur » (art. L.132-2).

Chez Maïa, ce n’est pas l’auteur qui paie. Mais ce n’est pas l’éditeur non plus. Ce sont ses proches.


Pourquoi, moi, je ne signerais pas

Vous êtes pressé ? Voici l’essentiel. Si les Éditions Maïa m’envoyaient demain un contrat, je ne le signerais pas, pour trois raisons :


  1. La prévente finance le livre. Selon les pages de campagne, l’argent récolté auprès de vos proches paie la couverture, la correction, la maquette et l’impression, autrement dit le travail qu'un véritable éditeur prend normalement à sa charge.

  2. Ces exemplaires-là ne vous rapportent rien. L’éditeur l’écrit lui-même : les droits ne sont dus que sur les ventes « réalisées après parution ». Un véritable éditeur paie son auteur dès le premier exemplaire vendu, voire avant (au moyen d'un à-valoir).

  3. Commandable ne signifie pas présent en librairie. Pas de diffuseur, pas de représentants : les livres ne se trouvent physiquement en rayon quasiment nulle part.


Pour une liste plus complète des éditeurs qui demandent à l'auteur de mettre, d'une manière ou d'une autre, la main à la poche, passez sur ma page « Contrats que je ne signerais pas ».


La suite de ce billet décortique le cas Maïa point par point, preuves à l’appui. Si vous avez cinq minutes, lisez la suite. Si vous n’en avez qu’une, relisez la liste ci-dessus et passez directement au point 8 avant de signer n’importe quel contrat « d’édition ».


Il y a des phrases qui font battre le cœur d’un auteur débutant. « Votre manuscrit a retenu toute notre attention. » « Contrat à compte d’éditeur. » « Diffusion dans 200 librairies. » Et puis il y a la phrase qui suit, celle qu’on lit un peu plus vite parce qu’on a encore les yeux humides de joie : « Lancez votre campagne de prévente. »


C’est là que l’histoire se complique, ou plutôt que vos amis et votre famille entrent en scène.


1. Simply Crowd, Euthena : les « partenaires » de la maison

De Simply Crowd à Euthena

Aujourd’hui, les préventes des Éditions Maïa passent par Euthena, qui se présente comme la « librairie numérique officielle des Éditions Maïa ».


Avant Euthena, il y avait Simply Crowd, qui se décrit comme « une plate-forme de promotion culturelle et une boutique en ligne ». Ses campagnes invitaient à soutenir des livres à paraître « avec les Éditions Maïa ». Et si une contrepartie ne pouvait pas être livrée, sa FAQ promettait au contributeur un livre choisi « dans les catalogues de nos partenaires », soit les éditions Maïa. Aujourd’hui, Simply Crowd ne lance plus de campagnes et ne subsiste plus que comme boutique.


Un petit tour dans les mentions légales s’avère instructif. Simply Crowd est édité par AGIC SAS, immatriculée au RCS de Paris sous le numéro 877 725 440 et domiciliée au 127 rue Amelot. Exactement comme les Éditions Maïa. Exactement comme Euthena.


Le mécanisme n’a pas changé d’une plateforme à l’autre. Sur Simply Crowd comme sur Euthena, le projet est réalisé même si l’objectif n’est pas atteint, et toute contribution revient au « porteur de projet ». Seule la commission a évolué : 9 % sur Simply Crowd, 6 % sur Euthena.


Rémunération d'Euthena

Reste une question : qui est ce « porteur de projet » à qui, selon Euthena, « toute contribution est acquise » ? Sur Ulule ou KissKissBankBank, n’importe qui peut créer sa campagne. Rien de tel ici : pas de compte à ouvrir, pas de bouton pour lancer son projet. La page « Comment ça marche » est claire : « Passez par l’un de nos porteurs de projet pour lancer votre campagne avec nous ». L’auteur ne porte donc pas son projet, il passe par un intermédiaire. Et cet intermédiaire, on le connaît : la plateforme ne présente que des livres, aucun autre éditeur n’y apparaît, et toutes les campagnes que j’ai consultées annoncent une parution « avec les Éditions Maïa ».


Porteur de projet = éditions Maïa

Autrement dit, l’argent de vos proches est « acquis » à la société qui édite votre livre.



2. Compte d’éditeur, compte d’auteur… et compte des potes et de la famille


Ce que promettent les éditions Maïa

Sur sa page Auteurs, Maïa est formelle : « Nous ne faisons pas de contrat à compte d’auteur et nous ne demandons pas de participation financière aux auteurs. » Elle promet « un contrat à compte d’éditeur, sans aucun frais ». Le mot « prévente » n’apparaît nulle part sur cette page. Allons donc voir de l’autre côté du miroir.


Tableau comparatif des différents cas


Compte d’éditeur

(le vrai, donc)

Compte d’auteur (art. L.132-2 du CPI)

Cas des éditions Maïa (couplées à Euthena)

Qui paie la fabrication ?

L’éditeur (art. L.132-1 ; à l’inverse du compte d’auteur, art. L.132-2)

L’auteur, qui verse une rémunération à l’éditeur

Selon les pages de campagne, en partie l’entourage de l’auteur, via la prévente

Que finance l’argent récolté auprès du public ?

Rien : l’éditeur ne récolte rien et prend tous les risques

Tout, sur facture

Selon les paliers affichés : couverture (25 %), correction et maquette (50 %), impression (75 %)

Rémunération de l’auteur

Proportionnelle aux ventes, prévue au contrat dans le cadre de la loi

Selon contrat

Selon le compte EditionsMaia, droits dus sur les ventes après parution (donc rien sur les préventes)

Si l’objectif n’est pas atteint ?

Question sans objet

Question sans objet

« Aucun remboursement » ; chaque contribution est « définitivement acquise au porteur de projet » (CGV Euthena, art. 12)

Diffusion

(à ne pas confondre avec distribution)

Le diffuseur et ses représentants présentent le livre aux libraires

(Attention, les éditeurs à compte d'éditeur ne sont pas tous diffusés.)

Rarement

« Distribués par Dilicom » Attention, Dilicom n'est pas un distributeur mais un système de référencement et de commande

(et attention à la confusion entre distribution et diffusion)

Qui assume le risque ?

L’éditeur

L’auteur

Vous, vos potes, votre famille


3. La mécanique, pièce par pièce

Une campagne décortiquée

Prenons une campagne en cours sur Euthena, consultée en octobre 2026. Premier objectif affiché : 990 € de préventes.


Les contreparties proposées aux lecteurs vont de 6 € (votre nom dans le livre) à 109 € (trois exemplaires et une rencontre avec l’auteur). La formule « Explorateur du livre », à 27 €, comprend un exemplaire papier dédicacé.


Faisons un calcul de coin de table : pour atteindre 990 €, il faut environ trente-sept personnes qui achètent chacune le livre à 27 €. Trente-sept, c’est à peu près une famille élargie, deux ou trois collègues et l’amicale de pétanque. Et chaque pourcentage débloque une étape :

  • 25 % : « Création de la couverture » ;

  • 50 % : « Correction et maquette intérieure » ;

  • 75 % : « Impression et diffusion 200 librairies » ;

  • 100 % : 500 librairies ;

  • 250 % : 2 000 librairies et un magazine ;

  • 500 % : 3 500 librairies et une « émission tv ».


À ce rythme, il suffit que votre pote Dominique ait beaucoup d’amis pour que vous passiez au journal de 20 heures.


Etapes des préventes chez Euthena

La correction du roman financée par le public

Regardons de plus près le palier des 50 %. La correction et la maquette, c’est le cœur du métier d’un véritable éditeur : relire, corriger, mettre en page, transformer un manuscrit en livre. Dans un contrat d’édition classique à compte d’éditeur, c’est l’éditeur qui paie ce travail, parce que c’est précisément ce qui le distingue d’un simple imprimeur.


Ici, il est présenté comme financé par l’argent récolté auprès du public. On fait passer le chapeau, puis on vous explique que vous êtes édité à compte d’éditeur, « sans aucun frais ». Techniquement, c’est vrai : les frais, c’est pour vos amis et votre famille.


Les droits d'auteur qui s’évaporent

Revenons à la formule à 27 €. Un lecteur paie, il reçoit le livre. Économiquement, cela ressemble furieusement à une vente. Sauf qu’elle ne compte pas pour vous.


Le compte « EditionsMaia » l’a écrit noir sur blanc sur Reddit : les droits sont « dus sur les ventes réalisées après parution », et une prévente « ne peut pas être assimilée à une vente classique du livre après sa parution ». Vos premiers lecteurs, ceux qui vous aiment le plus, achètent donc votre livre sans que ces exemplaires-là vous rapportent un centime. Si vos trente-sept proches ont tous acheté pendant la prévente, il ne reste plus grand monde pour acheter « après parution ».


En France, la loi est claire sur le principe : l’auteur qui cède ses droits doit toucher un pourcentage sur chaque exemplaire vendu. C’est ce que prévoit l’article L.131-4 du Code de la propriété intellectuelle, qui parle de « participation proportionnelle aux recettes provenant de la vente ». Or quand votre pote Dominique paie 27 € et reçoit le livre, cet argent provient bel et bien de la vente d’un exemplaire. Maïa estime qu’une prévente n’est pas une vente. Je laisse les juristes trancher.


Je note simplement qu’en juillet 2026, le tribunal judiciaire de Paris a prononcé la nullité de deux contrats des éditions L’Harmattan, parce que le cumul de leurs clauses (aucun droit sur les 500 premiers exemplaires vendus, des taux bas, l’obligation d’acheter 50 exemplaires) rendait la rémunération de l’auteur « dérisoire ». Ce n’est pas le même dossier, mais la logique mérite d’être méditée : priver l’auteur de droits sur ses premières ventes n’a rien d’anodin aux yeux d’un juge.


L’argent qui ne revient pas

Les conditions de vente d’Euthena sont limpides : « Aucun remboursement des contributions versées dans le cadre d’une campagne de prévente ne sera effectué. » La plateforme applique la règle du « keep it all » : tout ce qui est versé est conservé, que l’objectif soit atteint ou non.


Euthena : principe du "keep it all".

En cas d’échec, vos contributeurs recevront un autre livre du catalogue, « d’une valeur double ». Vous vouliez offrir le roman de votre neveu ? Vous recevrez peut-être un essai sur la permaculture en Haute-Saône.


Cerise sur le gâteau, la FAQ d’Euthena pose elle-même la question : « Pourquoi tous nos projets sont-ils solidaires entre eux ? » Réponse : « Les campagnes qui donnent les plus beaux résultats vont permettre à celles qui ont moins de succès de parvenir tout de même à réaliser leur projet. » Si je comprends bien, l’argent récolté par la famille d’un auteur peut servir aux livres d’autres auteurs. Votre tonton ou votre tata pensait vous soutenir vous. Il ou elle soutient peut-être tout un catalogue.


Un vocabulaire de prestataire de services éditoriaux

Les conditions générales de vente de Maïa régissent « les ventes par AGIC SAS de produits et de services liés au monde du livre ». On y parle de « Client », de « Prestataire » et de « livrables après traitement fournis au Client ». Un éditeur qui investit dans un auteur parle rarement de « livrables ». Un prestataire qui facture un service, si.


Le bilan

Récapitulons. La couverture, la correction, la maquette et l’impression sont présentées comme financées par le public. Les exemplaires prévendus ne comptent pas pour les droits. Les sommes versées ne sont pas remboursées. À mes yeux, ce modèle s’apparente au compte d’auteur, puisque l’éditeur ne prend pas tout en charge. À une nuance près : ce n’est même pas l’auteur lui-même qui paie. Ce sont ses proches.


4. Trouve-t-on les romans publiés par les éditions Maïa en librairie ?


Ce qu’on vous promet

Les paliers des campagnes annoncent une « diffusion » dans 200, 500, voire 3 500 librairies. La page Partenaires de Maïa affiche les logos de grandes enseignes et précise que les livres sont « distribués par Dilicom pour les librairies physiques ». De quoi imaginer son roman en pile sur la table des nouveautés.


Diffuseur, distributeur, Dilicom : petit lexique

Dans l’édition, deux métiers font arriver un livre en librairie. Le diffuseur emploie des représentants qui présentent les nouveautés aux libraires et les convainquent d’en commander. Le distributeur stocke les livres, les livre et gère les retours des invendus. Sans diffuseur, un libraire ne découvre votre livre que si un client le lui demande. Les éditions Maïa n'annoncent aucun diffuseur.


Dilicom, de son côté, permet aux libraires de consulter et de commander des ouvrages. C’est utile, mais être référencé dans un système de commande professionnel ne signifie ni diffusion commerciale active, ni présentation aux libraires par des représentants, ni présence en rayon. Quasiment tout livre doté d’un ISBN et d’un fournisseur est commandable. Être référencé, ce n’est pas être diffusé.


Le test du site Place des Libraires

Le site Place des Libraires a une qualité précieuse : il indique, pour chaque livre, les librairies indépendantes qui l’ont réellement en stock.


Si vous cliquez sur le lien, vous constaterez que l'écrasante majorité des titres est absente des librairies. Ils sont simplement « commandables ». Autrement dit, le libraire peut vous le faire venir si vous le lui demandez, exactement comme il pourrait vous commander à peu près n’importe quel livre existant.


Pour un éditeur qui promet « 200 librairies » dès 75 % de prévente, le contraste est saisissant. Faites l’expérience vous-même : tapez le titre d’un livre Maïa, puis celui d’un roman publié par n’importe quelle petite maison diffusée. La différence se passe de commentaire.


Ce qu’en dit l’éditeur

L’éditeur ne prétend d’ailleurs pas le contraire. Dans ses réponses publiques, il explique qu’il faut distinguer « la disponibilité d’un ouvrage et sa présence physique en rayon », cette dernière relevant, selon lui, du choix de chaque libraire. C’est vrai. Encore faut-il qu’un représentant soit venu le lui présenter.


Ce qu’en disent les auteurs

Les témoignages critiques vont tous dans le même sens :

  • Mel Eskera évoque des commandes fermes, sans possibilité de retour, imposées aux libraires. Un libraire qui commande ferme un livre qu’il ne peut pas renvoyer prend un risque, et il le prend rarement pour un inconnu.

  • Sur Reddit, un auteur sous contrat avec Maïa décrit une « diffusion » réduite à un « simple mailing adressé à des libraires », avec ce résultat : « 7 libraires signalent le titre et l’ISBN de mon ouvrage, rien de plus ». Un autre internaute lance à l’éditeur : « Je n’ai jamais vu un seul de vos livres en rayon librairie pas un seul ! »


D'après les témoignages, la diffusion « dans 200 librairies » ressemble donc surtout à un simple courriel envoyé à des libraires. Ce n’est pas tout à fait la même chose, et votre pote Dominique, qui a payé pour, mérite de le savoir.


5. Le mot « compte d’auteur », que Maïa refuse, et que d’autres prononcent


Maïa le répète partout : elle ne fait pas de compte d’auteur. Sur Reddit, le compte « EditionsMaia » insiste : « les Éditions Maïa ne fonctionnent pas à compte d’auteur et nous ne demandons pas à nos auteurs de payer pour être édités ». Ceux qui ont vu le système de près en parlent autrement.


Sur le même fil Reddit, un participant résume : « le truc des préventes que j’ai vu passer en commentaire pour moi c’est du compte d’auteur déguisé... Dans une vraie maison à compte d’éditeur l’auteur n’a rien à payer ni d’obligation à acheter ou vendre quoi que ce soit... »


Sous un billet du blog Lady Livre, une commentatrice qualifie Maïa de maison « à compte d’auteur » malgré ce que celle-ci affirme.


Je n’en tire pas de conclusion juridique. Je constate seulement que le mot revient, chez des personnes qui ne se connaissent pas, sur des plateformes différentes, à des années d’écart.


6. Témoignages et avis sur les éditions Maïa


Les témoignages se ressemblent étrangement, à des années et des plateformes d’écart. Florilège.


Mel Eskera : l’autopsie d’une rupture

Mel Eskera, autrice de thriller, a raconté son expérience dans un long billet. Elle y décrit « huit mois de promesses non tenues », un manuscrit coupé en deux volumes, l’éditeur « oubliant même d’apposer la mention « Tome 1 » sur l’ouvrage », des « dialogues brutalement scindés en leur milieu », et une version numérique promise aux acheteurs des préventes qui n’était « qu’un vulgaire fichier PDF ». Côté promotion, un courriel générique : « Nous pensons que ce livre retiendra toute votre attention. » Elle a dû, écrit-elle, « engager une procédure de mise en demeure » pour obtenir la résiliation de son contrat, avec « le précieux soutien du Service juridique de la Ligue des Auteurs Professionnels et de la SGDL ».


Autopsie d'une rupture avec les éditions Maïa

Reddit : les préventes en chiffres

Un internaute raconte l’expérience de sa mère, publiée chez Maïa en 2021 : « au-lieu d’une avance, ils lui ont fait faire 1250€ de préventes via son propre réseau, sans lui payer de droits d’auteur dessus, juste pour qu’ile fassent le tirage » (orthographe d’origine). Un auteur écrit, cette fois à propos de son propre livre : « J’ai du rajouter a la prevente pour sortir le livre » (orthographe d’origine). Dans la même discussion, le compte « EditionsMaia » expose sa position, dont la phrase sur les préventes citée plus haut.



Le Forum des Jeunes Écrivains : le mécanisme résumé en une phrase

Une participante résume le mécanisme des préventes sans détour : « Tu ne toucheras pas la moindre somme. 100% des recettes leur reviennent. » Une autre conclut : « La pré-vente = payer pour acheter son livre. » Dans le même fil, un auteur à qui l’on proposait un contrat « sans frais » renonce finalement après avoir lu ses clauses.


Babelio : l’alerte dès 2022

Un auteur publié chez Maïa témoigne dès 2022 d’une prévente financée par « votre famille et vos amis », d’un livre réduit au minimum de pages, et écrit : « je n’ai pas reçu le moindre droit d’auteur ». Son verdict tient en deux mots : « À PROSCRIRE ! » D’autres participants du même fil rapportent une expérience positive.


Lady Livre : les commentaires qui s’accumulent

Sous un billet consacré aux maisons d’édition à éviter, plusieurs commentateurs, auteurs ou souscripteurs, font état de droits non versés, d’un livre de 491 pages ramené à environ 200, d’ebooks jamais livrés et de signalements à la DGCCRF. Le 1er septembre 2025, l’éditeur y répond : « Nos livres sont corrigés par de véritables professionnels et non par des logiciels automatiques. »


7. Comment les éditions Maïa répondent aux critiques

Une maison d’édition peut avoir des auteurs mécontents. Cela arrive, même aux meilleures. Ce qui en dit long, c’est la manière dont elle leur répond. Sur Trustpilot, les Éditions Maïa répondent souvent, et vite.


Types de réponses :


Vous n’existez pas !

C’est la réponse favorite. Un auteur signé « SHADOWHUNTER X » raconte, dans un avis intitulé « Terrible », que la page de sa prévente a été supprimée faute de contributions, et que les quelque 150 € versés par ses proches ne seront pas remboursés : on leur enverra d’autres livres à la place. Un autre, signé « Fit », titre son avis « Différence entre le papier et la réalité » et décrit plus de 1 000 € de prévente, une impression sans bon à tirer, aucune diffusion et aucun relevé de ventes.


Réponse de l’éditeur, identique au mot près dans les deux cas : « Vous n’êtes pas un utilisateur véritable mais un faux avis posté par un concurrent déloyal. » À SHADOWHUNTER X, Maïa précise même que son anonymat « confirme que vous n’avez jamais eu de véritable expérience chez Maïa ». La concurrence, décidément, ne recule devant rien.


Un troisième auteur, « YR___AUTEUR », a manifestement eu droit au même soupçon. Il a fini par publier un courriel de l’éditeur lui parlant de « votre livre » et de « votre contrat », et a intitulé son avis : « À partir de là, je n’ai plus rien à démontrer. »


Un auteur qui critique son éditeur a d’excellentes raisons de rester anonyme.


Vous êtes de mauvaise foi !

Quand l’existence de l’auteur ne peut pas être niée, on s’attaque à ses intentions. L’avis d’« Acid Burning », qui décrit un manuscrit de 1 130 pages ramené à 200 et plusieurs mises en demeure restées sans effet, devient un « message malveillant et anonyme » qui « ne contient que des calomnies ». Le même auteur a d’ailleurs laissé un avis sur la page d’Euthena, où il indique avoir saisi la DGCCRF à trois reprises.


Julien Lepage, qui dresse un bilan détaillé un an après sa parution en février 2025, apprend que son « appréciation du travail de notre équipe » est « très partiale ».


C’est la faute de quelqu’un d’autre !

Quand les faits résistent, il reste à trouver un responsable.

Et il y en a pour tout le monde :

  • Les lecteurs, si la campagne échoue : son succès « dépend ensuite de l’accueil qu’elle rencontre auprès des lecteurs ».

  • L’auteur, si la promotion est absente : « La promotion d’un livre est aujourd’hui un travail partagé. » C’est la réponse faite à Claudine Levy, dont l’avis s’intitule « Des promesses et du vent ».

  • Les libraires, si le livre n’est nulle part : « Il ne faut pas confondre diffusion et présence permanente en rayon. »

  • Le calendrier, si rien ne s’est vendu au bout d’un an. Julien Lepage rapporte une campagne annonçant 200 librairies, et zéro exemplaire vendu en librairie selon le bilan même de l’éditeur. Réponse : « il est trop tôt pour tirer un bilan significatif. »

  • L’auteur encore, si le livre arrive en plusieurs morceaux. Une contributrice, Mythainne Ung, a reçu des tomes incomplets au lieu du livre commandé. Réponse : « c’est l’auteur qui a choisi d’éditer le livre en plusieurs tomes ».


Affirmer le contraire de ce que l’auteur a vécu :

À Julien Lepage, dont les contributeurs ont attendu leur livre plus de six mois après avoir payé leur prévente, l’éditeur rappelle qu’il a été publié « sans vous demander la moindre participation ». Techniquement, c’est exact : on ne lui a rien demandé à lui. On l’a demandé à ses contributeurs.


À Fit, qui dit n’avoir jamais touché de droits, l’éditeur assure que « Les Éditions Maïa règlent l’ensemble des droits dus à leurs auteurs ». La formule est habile. Si les préventes ne sont pas des ventes, les droits qui s’y rapportent ne sont jamais « dus ». C’est d’ailleurs ce que le compte « EditionsMaia » a écrit en toutes lettres sur Reddit : les droits sont « dus sur les ventes réalisées après parution ». Tout est donc réglé, puisqu’il n’y a rien à régler.


Ce qu’on peut en retenir

Des auteurs déçus, toutes les maisons en ont. Mais une maison qui traite ses auteurs mécontents de faux clients, de calomniateurs ou de concurrents déguisés, qui renvoie chaque problème vers quelqu’un d’autre, en dit plus sur elle-même que tous les avis réunis.


Bilan : avant de signer, lisez donc les avis négatifs. Et lisez surtout les réponses.



8. Avant de signer : 6 questions à poser à l'éditeur pour ne pas tomber dans le piège du compte d'auteur


Dans un contrat d’édition classique à compte d’éditeur, l’auteur n’a pas à financer la publication ni à garantir un volume de ventes à l’éditeur. Avant de signer quoi que ce soit, chez Maïa ou ailleurs, demandez des réponses écrites à ces questions :


  1. Une prévente est-elle obligatoire pour que mon livre soit publié ? Si oui, pour quel montant ?

  2. Que se passe-t-il si l’objectif n’est pas atteint ? Me demandera-t-on de compléter ? Les contributeurs seront-ils remboursés ?

  3. Les exemplaires prévendus donnent-ils lieu à des droits d’auteur ? Si non, quelle clause le prévoit ? Et surtout, pourquoi cela ?

  4. Qui assure la diffusion ? Le nom du diffuseur, pas seulement du système de commande. Et demandez une preuve si vous n'avez pas confiance.

  5. Combien d’exemplaires seront imprimés et comment apparaîtront-ils dans la reddition des comptes ?

  6. Comment récupérer mes droits et au bout de combien de temps ?


Si une réponse vous paraît floue, faites relire le contrat avant de signer. Le service juridique de la SGDL est gratuit pour les auteurs, y compris pour un premier contrat, et la Ligue des auteurs professionnels accompagne ses adhérents. C’est beaucoup moins cher qu’une mise en demeure.


9. Les éditions Maïa ne constituent pas un cas unique : les noms qui reviennent


Maïa n’a pas le monopole des contrats dans lesquels l’auteur, ou son entourage, met la main à la poche. Certaines maisons l’affichent clairement, d’autres moins. Comme le résume le blog Des Droits, des Auteurs, « les éditeurs à compte d’auteur sont parfois cités comme des maisons d’édition à éviter ».


Voici certains noms qui reviennent souvent dans les listes et les forums d’auteurs, avec ce qu’en disent les sources.

Maison d'édition

Ce qui est rapporté

Source

Le Lys Bleu

Publication non facturée, mais engagement de l’auteur à acheter des exemplaires (40 selon Édith & Nous)

L’Harmattan

Pas de droits sur les 500 premiers exemplaires ; deux contrats frappés de nullité par le tribunal judiciaire de Paris en juillet 2026

Spinelle

Deux formules : un contrat d’éditeur à 12 %, ou une formule où l’auteur finance, à 82 %

Persée

Participation de l’auteur évaluée entre 2 500 et 4 500 €

Edilivre

Publication gratuite, puis services payants en cascade : un prestataire plutôt qu’un éditeur


Toutes ces maisons ne se valent pas. Certaines annoncent leurs tarifs en toute transparence, et un auteur peut choisir en connaissance de cause de payer pour être publié. Le problème commence quand on lui fait croire le contraire.


Rappel : ma liste complète, très très longue, se trouve sur ma page « Contrats que je ne signerais pas ».


Et laissez votre pote Dominique tranquille. Iel achètera votre livre quand il sera en librairie. Pour de vrai.


Avertissement : les témoignages cités sont ceux de leurs auteurs. Ce sont des récits personnels, et non des faits établis par une décision de justice. L’éditeur conteste la plupart d’entre eux, et ses réponses sont consultables sur les mêmes pages. L’analyse du modèle économique présentée ici est une opinion fondée sur les documents publics de la société. La liste des maisons rassemble ce que rapportent des sites et forums d’auteurs ; les modèles économiques évoluent, vérifiez toujours le contrat qu’on vous propose, clause par clause. Tous les liens étaient accessibles et vérifiés en octobre 2026. Il arrive que des témoignages disparaissent : certains sont retirés par leurs auteurs, d’autres sont supprimés ou masqués à la suite de signalements. S’il en manque un quand vous cliquez, sachez qu’il était bel et bien en ligne au moment où ce billet a été écrit.



PS : Vos commentaires sur le sujet de l’article sont les bienvenus, vos avis sur ma personne absolument pas. Tout commentaire contenant des jugements sur ma manière de vivre, des conseils non sollicités (comment occuper mon temps, quel métier exercer) ou des liens publicitaires sera supprimé sans préavis.

Donc, si vous n’êtes pas d’accord avec le contenu d’un billet, dites-le et argumentez, je répondrai volontiers. Seule exigence : pas de hors-sujet. Je suis prof, après tout.

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